Jacques Ancet

 

Alvarez Ortega (1923)

Genèse (1967) suivi de Domaine de l'ombre (2004)

 

ENCORE sans nom, symbole seul, sable durci par le cosmos, le jour répand son mystère, la poussière de son ombre, par-delà le couchant.

    Cette patrie n'est rien. Sillons, petits cimetières minéraux, les eaux emportent l'horaire fatal.

    Aucune main ne dure, aucun œil ne contemple la douleur, temps consumé.

    Seul le corps travaille ce que sa chair appelle un juste maléfice

*

    PAR la porte, la lumière. Plus haut, la rue, le bruit des astres.

    Savoir que l'été attend là, l'inutile charité des ombres.

    Á présent, à ma bouche arrive un visage. La mer repose entre les vignes. Lente est l'heure, la main qui m'appelle.

    Je n'aime rien d'autre. Peut-être son feu, sa douleur devenue cendre.



    L'ARAIGNÉE file dans le miroir. Martyres de poussière, les yeux ouvrent leur aveugle cheminement. Le passage de l'hiver, qui est mourir.

    Dans une procession d'éclairs, les cierges, viatique de l'aube, frissonnent au soleil. Aucun corps ne veille près du cyprès. Rien ne brûle dans le supplice du repos, dans l'éternité.

Avant que le jour ne soit jour, l'araignée s'arrête : je vois la proie. J'avance entre les fils d'un magique univers.