D'où m'est venu ce poème ? Je dis bien ce poème, non pas ces petites choses éparpillées sur la page auxquelles on donne aujourd’hui ce nom, mais ce qu’autrefois on appelait ainsi : ce mouvement de langage vaste et réglé – près d’un millier de vers répartis en dix-huit chants – explicitement inscrit pour moi dans la tradition, européenne mais peu représentée en France, de la poésie de la méditation, dans laquelle il s’agit toujours de « sentir la pensée et penser le sentiment », selon la belle formule de Miguel de Unamuno. Oui, d'où m'est venu ce poème ? De cette « brûlure », peut-être, qui lui donne son titre, de ce passage du souffle qui vous traverse et, quel que soit le nom que vous lui donnez – amour, poésie ou vie –, qui vous emporte plus loin que vous et vous met dans la bouche une voix que vous ne vous connaissiez pas, une voix où s’est mise à résonner, comme un écho lointain mais obsédant, l'immensité sans forme ni limites de l'épouvantable, du merveilleux de l'indescriptible réel.

 

Jacques Ancet

La brûlure (1998-1999)

 

 

 

 

 

 

 

...

tu ne sais rien et tu sais que quelque chose
t'attend c'est comme un matin plein de lumière
un silence ou un visage qui se penche
mais c'est le soleil tu ne peux pas le voir
ou cette blancheur tu marches à la rencontre
tu as un corps si léger qu'il est le monde
il y a la montagne comme une main
l'air qui passe une colline de fraîcheur
il y a dans chaque mot une brûlure
et tu dis tu es cet air cette colline
tu es la vie contre la mort tu me brûles
je n'écris pas pour demain pour dans cent ans
mais pour maintenant pour que le oui traverse
le non que le non soit la force du oui

...