Il ne sait plus faire plus du tout
la montagne monte flotte
le train-train la tache
qui bouge sur l’œil ne cache
ni ne révèle rien il écoute
il regarde il attend il oublie
 





quelque part ce qui se cherche
comme un bourdonnement de mouche
deux genoux un pied l’après-midi
redevient bleue on entend
du silence – et autre chose
une sorte de stupeur sans fin
 





il a posé la tasse écouté
quelque chose qu’il était seul à entendre
sur la vitre le feuillage
semblait s’être arrêté dans sa chute
comment faire disait-il
un feu brûlait dans ses mains ouvertes
 





il a cru pouvoir dire mais non
sur les lèvres le silence
est resté intact et le spectacle
à quelques pas toujours immobile
comme un peu d’air qui n’entre pas il a cru
supprimer la distance mais non
 





le retour n’est jamais le retour
les mouches toujours et les feuillages
un marteau s’obstine il s’est remis
à compter il dit  deux heures
l’instant bascule le vent s’arrête
la montagne ne se ressemble plus
 





et lui se ressemble-t-il
la chaleur le pied le balancier
de l’ombre comme si de rien n’était
l’éblouissement du trottoir vide
qu’il faut traverser pour retrouver
l’image le grain de temps
 





il écoute encore la corneille
s’égosille mais c’est autre chose
sous chaque bruit ça s’obstine
bruissement ou froissement comme d’un fleuve
d’images invisibles qui passe
ou rien ou le sommeil qui revient
 





il ne sait plus non une chaleur
trop bleue un cri et ses yeux
ne voient plus que du feu une poudre
grise un bruit de mobylette
trament le jour qui décline s’en va
personne pour parler ou se taire
 





le décor pourtant n’a pas changé
parasol un lac deux cygnes des silhouettes
un instant sur le bleu arrêté
dans la carte postale il regarde autour
disparaît reste son ombre
vent et poussière sa place vide
 





traverser le jour relève de l’exploit
la lumière a pris un autre nom
inquiète son ombre brûle
entre attente et oubli est-ce lui ou l’autre
vite saisir lâcher ce qui vient
de face et puis de dos ce qui va





il voit la poudre et le vent
il se dit encore un peu encore
puis la membrane se déchire très vite
la terre se referme où il dépose
tiède encore le paquet enveloppé
d’un linge il fait chaud c’est le matin.
 





il ausculte la fatigue ses yeux froids
ses cernes mauves ses pentes douces
il s’enfonce dans ses marécages
se laisse aller perd sa voix
ne se reconnaît plus il n’entend
qu’un silence lointain
 





chaque image est un débris de temps
elle ne garde que ce qui ne passe plus
une forme de sel au fond du regard
qui ne sait que nommer arrosoir
buisson montagne nuages
pour le reste on ne voit rien mais tout est là

Jacques Ancet

Comme si de rien (2006-2007)