Jacques Ancet

La dernière phrase (2000-2001)

 

 

 

Cette double élégie où, comme vie et mort, vers et prose ne cessent de se combattre et de se confondre, a été écrite d’une même venue entre août 2000 et juin 2001.
La première « On cherche quelqu’un », est dédiée au grand poète espagnol José Angel Valente, dont j’ai traduit, au cours de vingt-six ans d’amitié, dix-huit livres. Le perdre, c’était perdre un peu comme un frère et un exemple.
La seconde, est dédiée à mon père. Perdre son père, on le sait bien, c’est perdre un morceau de soi-même. Mon père parlant, riant ou se taisant. Mon père absent, et sa présence, malgré tout. Oui, sa présence. Je le revois, à ma dernière visite, sur le pas de la porte disant, pour un petit livre qu’il était en train de terminer : « Je cherche la dernière phrase ». « La dernière phrase ». C’est devenu le titre de cette élégie écrite à sa mort et de ce livre dont elle fait partie.
Comment dire cela qui, par nature, résiste à tous les mots et en même temps les appelle : la disparition, l’interminable absence de ceux qui nous sont chers et que seul le souffle de la vie qui passe entre les mots, qui les porte, les irrigue, les appelle, peut transformer en présence. Une présence que chaque lecture ne peut que susciter et prolonger puisque c’est à travers nous, dans notre mémoire, dans notre corps, dans notre bouche même qui prononce son nom, que chaque disparu peut continuer à vivre :

 

On se dit: c'est la première neige;
il ne la verra pas. On se dit
une fois encore que c'est pour lui
qu'on regarde brûler la montagne
au crépuscule et la nuit qui tombe
très vite (tout en bleu, violet, noir).
On se dit qu'on a perdu l'image
mais pas la présence puisqu'elle est
dans le corps ce qui bouge toujours.