Jacques Ancet

 

On cherche quelqu'un (2000)

 

La proximité et la solidarité intellectuelles de Jacques Ancet et de José Angel Valente,– leur amitié aussi,– ont été solides et évidentes et maintenant, avec tristesse mais aussi avec fermeté et clarté, elles se situent dans la perspective de la mort. Ce qui se produit dans le poème qui suit et qui ne doit pas être considéré comme un exercice littéraire (ce qui supposerait une impensable banalisation) mais comme l'activation poétique d'une cause existentielle. Et de sa négation.


Le poème est une élégie dont la clé est la sérénité. L'absent se révèle, devient poème, dans son absence, dans des manifestations impossibles, « il reste / dans la bouche comme une saveur / de temps qui ne revient pas ». Dans le poème, dans la douceur du chant résolue en silence, se manifestent à nous, impliqués, les deux poètes,– celui qui évoque et celui qui est évoqué,– et un temps dans lequel hier et aujourd’hui sont indiscernables. Dans cet espace, l'absent a un visage incertain. Il a les formes de la disparition. La beauté du monde a beau s'interposer (« La beauté du monde c'est le masque / qui couvre la souffrance et l'horreur »), le visage n'apparaît qu’en transparaissant, vidé dans la lumière de sa propre absence, dans le creux où repose aussi, peut-être est-ce la même, la lumière de l'inexistence.


Il faut lire ce poème en s'associant à sa musique, en se glissant dans ses enéasyllabes, pour découvrir sa raison numérique : compter les syllabes et que ce soit à la fois le compte des jours mortels. Dans la disparition « on cherche quelqu’un ». Ainsi s'arrête le temps et la recherche de « quelqu'un » tourne en sérénité désolée. Et la désolation est inséparable de la beauté horizontale du poème, qui demeure en nous aussi et disparaît sans nous abandonner.

Antonio Gamoneda