Jacques Ancet

 

La voix de la mer (2008)


Il se souvient. Le cendrier, la table basse, la fenêtre et sa lumière pâle. Il voit, mais sans voir. Il entend, mais sans entendre. Il a levé un bras, prononcé quelques mots et une infinité de bras, de mots se sont levés, ont retenti. Et depuis, il cherche. Cette émotion. Il est là. Il écrit des mots. Il ne sait plus. Il ne comprend plus. L'autre s'est mis à parler et c'est comme si c'était la première fois. Oui, un commencement. Le matin ou l'enfance. Comme une lumière - et c'est toutes les lumières. Un lieu - et ce sont tous les lieux. Il attend. Il se dit: ça vient mais c'est déjà parti. Il croit que c'est le temps, mais non. Autre chose. Comme une effervescence minuscule: il fait un lit, il marche dans une rue quelconque et c'est là. Comme une clarté au milieu du jour, mais sans lumière. Sans rien d'autre pour le dire que quelques mots, soudain, très simples - table, cri ou silence ou nuit… - et qui insistent. Alors, il les prend: ils forment de petits organismes brefs, pareils à des coquillages qu'il porterait à l'oreille pour écouter. Ou des cristaux brûlant du même éclat multiplié, mais d'où venu? Il regarde autour de lui: montée d'escalier, mur, visage, cuvette, matin sur la vitre. C'est comme une vague unique, silencieuse, invisible. Toutes les choses la reflètent et, en même temps, elles y brillent, s'y effacent. Ça vient, oui, mais c'est immobile. Ce n'est rien de ce qu'il peut dire. Mais il parle, malgré tout. Pour écouter entre les mots, comme dans le coquillage. Ce vide bruissant. Il dit chut!, écoute. Il dit: c'est la voix de la mer.