Jacques Ancet

 

José Ángel Valente (Espagne, 1929-2000)

Treize poèmes (2001)

 

Elégie

Il vécut aux extrêmes limites du non vivre.
Il s'essaya au suicide à lentes gorgées.
Il craignait et désirait la mort.
Il avait besoin que la mort ne lui laisse pas de temps.
Plus de temps. Peut-être craignait-il plus le temps que la mort.
Le temps témoin. Le temps qui jour après jour nous rend
le naufrage de notre propre image en "un destin insignifiant et atroce".
Son suicide fut long, différé, terrible.
Jusqu'à ce qu'il s'éteigne.
"J'ai quitté, du moins je l'espère - une vie grotesque".
Tels furent, en réalité, ses deux derniers vers.
Déjà écrits, on le voit bien,
depuis l'Hadès.