Jacques Ancet

 

José Ángel Valente (Espagne, 1929-2000)

Au dieu sans nom (1989)

 

Comme tous les derniers livres de Valente, mais de façon encore plus ramassée, Au dieu sans nom nous conduit à une expérience de lecture de l'ordre de l'éblouissement : celui d'une parole qui s'annule dans l'éclat de son propre surgissement - comme le visible dans l'insoutenable lumière du dieu. Car l'origine de cet éblouissement, comment le nommer autrement ? D'un terme - le " dieu " - qui, tout en réeffirmant la filiation de Valente à la tradition mystique, ne garde, hors de toute religiosité, que sa force d'imprévisibilité, d'altérité, d'infinité ? Et ce " lieu " que mentionne le titre espagnol, intraduisible tel quel (" Au dieu du lieu "), qu'est-il d'autre sinon d'abord le lieu du poème : lieu vide où tout s'efface hors du présent - du pur jaillir de la parole :
 
S'effacer
Ce n'est que dans l'absence de tout signe
que se pose le dieu