Jacques Ancet

 

José Ángel Valente (Espagne, 1929-2000)

Lecture à Ténérifé (1989)

 

Je commencerais par dire que la parole que nous voudrions aborder est d'une telle nature qu'elle ne contient (du moins au sens normal du terme) aucune information. Parole, en effet, qui ne reconnaît aucune finalité et ne se soumet à aucune intention. A proprement parler, elle ne communique pas mais convoque ou appelle vers l'intérieur d'elle-même. Parole qui ne se consume pas, comme pour le simple usage instrumental du langage, dans ce qu'elle désigne, mais qui demeure perpétuellement ouverte vers l'intérieur d'elle-même. Ainsi la poésie devient - est - fondamentalement, expérience de l'intériorité de la parole. ce qu nous appelons poème serait avant tout, dans cette perspective, lieu, séjour, demeure, chambre où s'unifient être et exister.