Jacques Ancet

 

José Ángel Valente (Espagne, 1929-2000)

Présentation et mémorial pour un monument (1969)


Publié en 1970, la même année que L'innocent, Présentation et mémorial pour un monument est un jalon indispensable dans l'évolution puis la transformation de la poésie de Valente au cours des années 70. Il y commence cette "entreprise de déménagement" ou de table rase qui le conduira ensuite à ce "point zéro", ce "point de l'indétermination infinie, de l'infinie liberté" qui va caractériser toute sa poésie récente.
Suite de collages - fragments de livres (Mein Kampf, Claudel), de discours politiques (Franco), de sermons (Inquisition)... - et de pièces parodiques - séances d'autocritique communiste, chasse aux sorcières maccartyste, etc. - ce texte met en évidence, par la vertu d'une dérision féroce, la violence sanguinaire et bornée des totalitarismes, nationalismes et intégrismes de tous temps et de tous bords. On a là une sorte de bréviaire sarcastique de la bêtise redoutable, triomphante et institutionnalisée qui, en ce début du troisième millénaire, ne s'est jamais mieux portée. C'est pourquoi celui qui le feuillette ne peut s'empêcher de trembler. Comme la voix - celle de tous et de personne - qui, à l'issue de ces quelques pages, s'élève, émouvante dans sa fragilité même. Ecoutons-la et répétons avec elle:

 

 

Ferme bien la porte, ô mon frère,

dit la vieille berceuse,

ferme bien la porte, ô mon frère;

la nuit va être longue.