Jacques Ancet

 

José Ángel Valente (Espagne, 1929-2000)

Variations sur l'oiseau et le filet (1991)


Poursuivant dans la voie inaugurée par La pierre et le centre (José Corti 1991), Variations sur l'oiseau et le filet propose au lecteur une suite de réflexions qui, de Léonard de Vinci à Edmond Jabès en passant par les traditions mystiques juives arabes et chrétiennes, tendent une fois de plus à nous montrer qu'expérience poétique, expérience érotique et expérience mystique ne sont, au fond, qu'une seule et même expérience. Le langage poétique, "parole de la limite, du bord ou de l'imminence", relève, d'une double métaphore: celle de l'oiseau et celle du filet, toutes deux présentes dans la tradition islamique: vol par-delà les limites, vers le sans nom vers lequel elle fait signe, cette parole- cette "langue des oiseaux" comme l'appellent les poètes arabes- est aussi un intense travail de tissage où l'ici et l'ailleurs, le visible et l'invisible, les ténèbres et la lumière, le savoir et le non savoir viennent se nouer indissolublement. Le filet, nous rappelle Valente, est au cœur d'une très vieille histoire. "Je posais ma tête, dit le narrateur, sur mon oreiller et me mis à composer mentalement quelques vers (...). Soudain Abdala de Morón m'éveilla et (...) me dit: "Tu ne dors pas. Ce que tu fais, c'est composer une poésie (...)!. Je levai alors la tête et lui dis: "Et d'où sors-tu ça?" Il me répondit: "C'est que je t'ai vu en rêve nouer un filet"." Quant à l'oiseau - la colombe, en l'occurence -c'est Jean de la Croix qui lui assigne les trois propriétés suivantes: "Le vol haut et léger; l'amour dont elle brûle; la simplicité qui est la sienne. "Propriétés de la colombe ou de la parole?" se (nous) demande alors Valente.